Angoulême 2010

par Xzero63 , mis en ligne le samedi 27 février 2010.
 

Balade au festival d’Angoulême 2010 les 30 et 31 janvier.
* Mission : Investir le FIBD de manière à prendre un maximum de plaisir et à ramener un maximum de souvenirs.
* Météo : temps hivernal.
* Co-équipiers : Frère accompagné d’un de ses amis.
* Base arrière : Maison de la belle famille.

Vendredi - 20H Arrivée sur la « Base arrière ».
Depuis maintenant cinq ans, le dernier week-end du mois de janvier voit se dérouler notre pèlerinage vers cette bonne ville d’Angoulême où se déroule le festival international de la bande dessinée (le bien nommé « FIBD » pour les pros et autres spécialistes). Les parents de ma chère et tendre me font le grand plaisir de m’accueillir, accompagné cette année de mon frère et de l’un de ses amis.
Ainsi, aucune contingence logistique (hébergement et nourriture) à planifier ni à gérer... Avantage non négligeable, j’en conviens. Au bout de cinq ans de présence assidue, nous commençons à connaître les pièges d’un tel festival et de l’excitation qui l’accompagne, aussi peaufinons-nous notre organisation !
Après la fatigue du voyage, sommeil réparateur absolument indispensable. Les troupes doivent être fraîches pour affronter la foule, les expositions, les longues séances de dédicace, l’attente, bref de dures journées nous attendent !

Samedi - 10H - Billetterie.
Sans surprises (on s’était renseigné avant de partir, organisation oblige !), il nous faut débourser 14 euros pour obtenir notre premier Graal, le passe couvrant une journée entière. Le tarif nous semble vraiment élevé, c’est indéniable. De plus l’inexistence de passes couvrant deux ou trois journées du festival, ainsi que de passe couvrant une demi-journée nous paraît être un grave défaut.
Le tarif pratiqué reste sans conteste l’un des points faibles de l’évènement. L’augmentation des tarifs d’entrée que nous constatons maintenant chaque année nous donne à penser que ce festival sera bientôt réservé à une élite bourgeoise, comme bon nombre d’autres d’évènements culturels. Sigh...

Samedi - 10H - Expositions Blutch et Dessins d’humours.
C’est maintenant une habitude, nous attaquons notre séjour par une visite des expositions présentes.
Dans une magnifique maison bourgeoise, l’on chemine à travers de petites pièces aux murs blancs immaculés. Les œuvres de Blutch, exposées à hauteur d’homme, s’enchaînent avec harmonie, chaque pièce étant dédiée à un thème spécifique.
Pourtant la cohésion de l’ensemble présenté ne fait aucun doute, le trait évolue mais reste reconnaissable entre tous. Le plus impressionnant est sans doute le traitement des couleurs. En utilisant seulement trois couleurs de base, Blutch décline et offre à notre regard une palette vraiment incroyable !
Le chemin s’achève sur une projection de l’artiste au travail. Rien de vraiment extraordinaire, pas de scoop certes, mais le tout est bien filmé et efficace. C’est toujours un émerveillement de voir les auteurs travailler, que ce soit sur un support qu’ils maîtrisent (album traditionnel) ou sur des expériences nouvelles (le film d’animation « Peur(s) du noir » réalisé en 2007, conjointement avec Charles Burns, Marie Caillou, Pierre di Sciullo et Richard McGuire.)
L’exposition « Dessins d’humours » se veut beaucoup plus didactique. Dans le même bâtiment, de grand panneaux nous déroulent à la manière d’une conférence écrite l’évolution historique du dessin d’humour, principalement centrée sur la caricature. Quelques zestes des meilleurs magazines de tous les temps agrémentent et illustrent le propos.
Univers à part entière vraiment passionnant, la caricature nous est présentée comme universelle et intemporelle, telle celle par exemple d’un anonyme du IIIeme siècle ayant commenté d’un “Ils prient leur dieu” un tableau présentant un homme priant face à un crucifié à tête d’âne. Il fallait faire preuve à l’époque d’un grand courage pour oser un tel affront !

Samedi - 12H - Exposition “Le Louvre invite la bande dessinée”.
Dans le musée tout juste rénové, le promeneur peut découvrir une exposition dont ont déjà profité (si je ne m’abuse) les chanceux visiteurs parisiens. En effet, voici trois ans, la direction du musée du Louvre a demandé à des auteurs du 9ème art de porter et mettre en images leur regard sur le célèbre musée. Se sont prêtés au jeu les dessinateurs Yslaire et Marc Antoine Mathieu.
L’exposition est particulièrement réussie et permet de mieux comprendre la complexité et la finalité des différents éléments graphiques qu’utilise chaque auteur, à travers une approche différente de leur œuvre.
Marc Antoine Mathieu voit son travail présenté en deux temps, la planche avant l’apposition des nuances de gris, puis la planche une fois achevée. On est alors abasourdi par la maîtrise du noir et blanc, puis par la profondeur, la notion d’espace et de volume que donnent les gris à l’ensemble...
L’illustration du travail d’Yslaire nécessite quatre écrans successifs, sur lesquels est détaillé et se déroule devant nous le processus de création de A à Z. Les connaisseurs de palette graphique (dont fait partie mon frère) peuvent apprécier tout particulièrement la maîtrise dont fait preuve Yslaire.

Samedi - 14H - Espace Para-BD.
L’ami de mon frère participant à ce festival pour la première fois, après la pause sandwich obligatoire et réglementaire, nous avons fait une visite rapide de l’espace para-BD, qui reste un lieu particulièrement impressionnant.
Véritable caverne d’Ali-Baba pour les connaisseurs et mine d’or pour les fournisseurs (le prix des statuettes en résine me donne le vertige, heureux possesseur de quelques lithographies, celles que je découvre me seront à jamais inaccessibles). Le meilleur (figurines en résine, affiches rares, planches originales, éditions originales introuvables etc.) y côtoie le pire (un bandeau NARUTO vendu pour la modique somme de vingt Euros !) mais cela reste un univers curieux, hallucinant, étrange, incontournable pour les amateurs, ne serait-ce que pour le plaisir des yeux.

Samedi - 15H - Espace grands éditeurs.
Comme c’est le cas pour chaque édition du festival, pas la peine d’espérer décrocher la dédicace de vos rêves sans une organisation parfaitement minutée, les files d’attente sont interminables et les gens ne se comportent pas toujours comme des Gentlemen (3 albums en même temps, des exigences hallucinantes, j’en passe et des meilleures...)
Aussi, la meilleure solution consiste-t-elle à repérer les auteurs qui nous intéressent et qui seront présents le lendemain (dimanche). Pour nous cette année : Run et Chabouté à 10 Heures, Neel à 11 Heures et MAM à 13 Heures. J’en profite également pour effectuer mon premier achat, le tome 3 de la série Mutafukaz.

Samedi - 16H - Espace éditeurs “Indépendants”.
Fin de cette première journée marathon au comptoir des Indépendants.
L’affluence y est plus que conséquente, mais ne gâche pas le plaisir d’y faire de somptueuses découvertes. Le plus, des auteurs très accessibles et qui donnent le meilleur d’eux-mêmes, bien que visiblement plus que fatigués...C’est toujours un plaisir de pouvoir dialoguer sans contraintes, de se laisser doucement convaincre de dépenser son argent, tout en sachant qu’on ne le regrettera pas.

Quelques achats
Quelques achats
© Xzero63 Angoulême 2010

Deux heures plus tard, délestés (volontairement) d’une bonne centaine d’euros, retour à la base arrière, sur les rotules, avec l’estomac qui crie famine.
Heureusement, la logistique de l’arrière (Merci la belle famille !) est impeccable, au programme pour nous remettre raclette maison quatre étoiles arrosé d’un blanc judicieux. Le sommeil (réparateur) sera de plomb.

Dimanche - 10H - Espace grands éditeur.
Après une heure de queue, mauvaise surprise, nous apprenons que Run ne dédicace ce matin qu’aux heureux possesseurs d’un ticket distribué la veille !
En achetant la BD le samedi, personne ne nous l’a aimablement signalé. Visiblement, la distribution a commencé quinze minutes après notre passage, ce qui nous enchante. Toutes nos félicitations à Ankama pour cette communication laborieuse, digne de grands professionnels. Pendant ce temps, mon frère regarde avec émerveillement Chabouté appliquer l’encre à grands coups de pinceau sur son exemplaire de “Terres neuves”.
L’espoir d’obtenir un peu de carbone de la suite de notre liste s’amenuise peu à peu.

Quelques dédicaces
Quelques dédicaces
© Xzero63 Angoulême 2010

Dimanche - 11H - “Indépendants”.
De retour chez les indépendants, même plaisir que la veille, je vous passe les détails.
Deux heures s’écoulent et une nouvelle centaine (voire plus.) d’euros s’évanouissent de nos poches décidément percées. Petit aller retour à la gare pour déposer l’ami de mon frère (impératif ferroviaire oblige !) et direction la dernière exposition sur l’éclosion de la BD Russe.
Un vrai choc pour les occidentaux que nous sommes. En parcourant du regard quelques planches au graphisme très maîtrisé, l’on partage immédiatement le bonheur qu’a été la découverte de la liberté artistique pour une génération de talent élevée dans le carcan de la mère patrie. Éblouissant !

Conclusion
Comme chaque année, il faut faire preuve d’une bonne organisation pour pleinement profiter de ce festival, mais la qualité et le professionnalisme des expositions présentées mérite plus qu’un simple détour.
L’affluence conséquente ne doit pas rebuter le visiteur néophyte, qui ne trouvera dans l’espace éditeur qu’une sorte de grande librairie à l’intérêt limité.
Le stand des auteurs indépendants reste selon moi le principal pilier incontournable qui donne ses lettres de noblesse à ce festival : L’on y rencontre des auteurs toujours accessibles, modestes, pleins de fraîcheur (même si le dimanche matin semble parfois imbibé des restes de vapeurs et brumes de la nuit), parmi lesquels l’on se plaît à voir et trouver les futurs talents et stars de demain !
L’année prochaine, retour déjà programmé...

Quelques photos de l’édition 2010 sont disponibles ici sur le site officiel du festival.

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