La rubrique "Editorial"

Désenvie de la reconnaissance

par le mardi 7 octobre 2008.
 

“I go checking out the reports - digging up the dirt You get to meet all sorts in this line of work Treachery an treason - there’s always an excuse for it And when I find the reason I still get used to it [...] Scarred for life - no compensation Private investigation”.

©Dire strait/Mark Knopfler album Love Over Gold (édition vertigo)

Tout débute dans l’exaspération que provoque une pile.

Pile agressive de nouveautés inamovibles, impasses où s’égarent nos obligations consuméristes passagères ; pile des invendus désenchantés, tentant d’oublier les lecteurs qu’ils ne connaitront jamais, en attente du broyeur ; pile poussiéreuse et cumulative des tomes que l’on repousse sans cesse au lendemain. Autant de Babels despotes occultant notre avenir de leur constant fardeau. Que reste-t-il à construire quand autant de murs résonnent sous nos mains ?

Ne nous convient plus que la rage, la volonté de tout mettre à bas, de secouer, d’abattre ces tourelles de tourments. Ainsi, on cesse de lire de la bande dessinée.

Dès lors, on se doit de partir en quête du plaisir perdu de la lecture, de le reconquérir, de le re-connaître.

Les auteurs cherchent cette reconnaissance comme on va à confesse, tout espoir en berne. Les lecteurs, eux, s’égarent en ces lieux de perdition que sont les festivals, espérant retrouver dans les autres visiteurs leur propre ambulation. Avec toujours cette impression de foire commerciale qui colle aux baskets, on arpente des kilomètres d’allées et de stands, guettant chez l’autre l’étincelle de cet ennui livresque. La bande dessinée, la vraie, celle qui fait envie, se fait désirer, elle se niche dans les interstices de l’anémie culturelle. L’imagination qu’elle nous prodigue réclame une dette : il faut accepter de faire l’inventaire exhaustif et amer de nos chimères pour la reconquérir.

La reconnaissance en BD est celle des éditeurs et des commerçants, la reconnaissance du travail bien fait, des revenus sonnants et trébuchants. En son sein, nous perdons nos repères, nous ne sommes plus qu’attentes et frustrations, on ne lit plus, on empile. Cette reconnaissance là fait mal, elle vieillit vite.

Pour se défaire de l’ombre de ces amoncèlements, pour relire au soleil, il faut renouer le dialogue avec cet autre unique et particulier qu’est un album de bande dessinée.
Ami, si tu veux être et demeurer lecteur, fais de chaque livre ta solive salvatrice, enfermes-y ta reconnaissance, confies lui l’ivresse de l’altérité.

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