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Impressions de lecture :
Pascal Blanchet est un jeune auteur québécois qui réalise ici son deuxième album, après La fugue sorti en 2005 et qui avait eu de très bon échos.
On pourrait penser l’histoire de Rapide-Blanc totalement fictionnelle de prime abord mais elle relate pourtant des évènements bien réels. L’impression d’être face à une fiction vient sans doute du graphisme de Pascal Blanchet, très stylisé, influencé par le mouvement art-déco il me semble. On pense notamment à des affiches ou animations de la première moitié du XXème siècle... le tout ne donnant pas un encrage particulièrement réaliste aux faits relatés.
Cette histoire - commençant à la fin des années 20 et se terminant au début des années 70 - est centrée sur l’aventure humaine, sociale et industrielle qu’a constituée l’installation et l’opération d’un barrage hydroélectrique au Québec, non loin de Trois-Rivières, ville qui a vu naître l’auteur et où il vit toujours.
L’un des principaux atouts de ce livre réside dans ce splendide graphisme de Pascal Blanchet, savant mélange d’illustration et de bande dessinée, relevé par un très agréable jeu de couleurs aux tons brun/orange. Je dis "mélange" car la narration graphique de Pascal Blanchet est assez particulière, s’appuyant sur des planches qui sont des cases, ou l’inverse si vous préférez. Il n’y a donc pas d’enchaînement narratif classique au coeur d’une planche (ce qui n’empêche pas qu’il y ai bel et bien un mouvement et une narration au sein des planches). Le contour des cases est donc ici le contour de la page, les gouttières se déversent ainsi en dehors du livre d’une certaine manière, pour ceux qui ont un peu d’imagination. Le rythme de narration se joue alors ici bien plus que d’habitude en tournant les pages (vous mettez vos doigts dans la gouttière en quelque-sorte) plutôt qu’en suivant le rythme de narration rythmé par l’auteur au sein de chaque page habituellement.
Et puisque l’on parle de rythme et de narration, le style de l’auteur, particulièrement dans la représentation et le mouvement des personnages, donne une impression musicale assez marquée, plutôt jazzy d’ailleurs [1]. Une musicalité qui joue aussi sur la narration au sein d’une même page comme je le notait précédemment.
D’ailleurs, l’auteur avoue qu’il se considère comme un musicien raté. Il écrit ses histoires comme on compose une musique : "En fait, le dessin vient très tard dans la création. La musique, c’est ce qui déclenche le processus, qui donne la coloration du livre ; l’histoire se développe autour d’une pièce, des solos, des ambiances." [2]. Une liste de morceaux qui pourraient accompagner le récit depuis les années 20 jusqu’aux années 70 est qui plus est indiqué en fin de volume. Je verrai bien une future réédition de cet ouvrage avec un petit CD à l’intérieur... ... Et pour rester dans les considérations considérationnelles de l’auteur, celui-ci ne considère d’ailleurs pas ces livres comme des bandes dessinées, davantage intéressé qu’il est par le travail d’illustration.
Je ne vous parlerai même pas de la qualité du travail d’édition de la Pastèque sur cet album et je vous invite sans plus attendre à toucher avec vos petits doigts bouffis les belles pages de ce livre.



