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Impressions de lecture :
Golgo 13 alias Duke Tôgô - car c’est de lui qu’il s’agit - est le héros éponyme d’une série-fleuve (près de 40 ans de parution ininterrompue au Japon) qui nous narre les différents contrats exécutés par Golgo 13 sur toute la surface du globe.
En bon professionnel, les armes n’ont aucun secret pour lui et sa condition physique est au moins celle d’un athlète olympique. Doté d’une intelligence vive et de connaissances étendues dans des domaines de pointe, c’est également un polyglotte accompli et un homme au sang-froid hors pair. Si par son origine et l’orientation de ses aventures il est apparenté à un James Bond, il a, au fil des années, acquis beaucoup plus d’épaisseur que l’agent 007 qui reste bidimensionnel malgré un succès qui ne se dément pas. En étendant le spectre de ses connaissances et capacités, Golgo 13 a atteint un statut plus qu’humain, impression encore renforcée par le mystère qui entoure son identité.
Car, contrairement à beaucoup de séries qui, sentant l’essoufflement les guetter, se penchent sur la genèse et la jeunesse du héros, celles de notre surhomme restent dans le brouillard le plus épais, et l’auteur prend même un malin plaisir à brouiller les cartes en proposant plusieurs passés plausibles, parfois contradictoires. Le message est alors clair : peu importe de savoir qui il était, seul compte ce qu’il est aujourd’hui. Golgo veille d’ailleurs jalousement sur ses secrets et n’hésite pas à éliminer ceux qui tentent d’y mettre le nez. Si sa seule motivation semble être l’appât du gain, cette explication ne tient pas longtemps la route. Comme Black Jack, le chirurgien de génie d’Osamu Tezuka, Golgo 13 a de quoi vivre dix vies dans l’opulence la plus indécente. En vérité, s’il exige de connaître les raisons de ses commanditaires, c’est pour mieux en analyser tenants et aboutissants et décider si oui ou non l’objectif est en accord avec ses principes. Golgo 13 acquiert dès lors une dimension nouvelle : sorte de régulateur à l’échelle mondiale, il accepte de faire tout le sale boulot pour maintenir l’équilibre, voire renverser la balance pour plus d’équité.
Ce très bon - et très long - manga témoigne de l’intérêt de l’auteur pour la le monde qui l’entoure. En effet, chaque histoire nous plonge au cœur d’une intrigue minutieusement documentée, toujours ancrée dans un contexte réel. Entouré d’une armée d’assistants, le studio fondé par Takao Saito en 1960 (concept révolutionnaire pour l’époque où les jeunes auteurs s’entendaient répéter qu’un mangaka doit exceller aussi bien dans la création de scénario que dans le dessin) réalise un travail de documentation surprenant dont le résultat est à découvrir dans les pages publiées.
La série existe au Japon depuis 1968, elle accuse 142 volumes au compteur à ce jour (octobre 2006) et nous présente toujours les missions de Golgo. Aux débuts de la série, il convenait de faire découvrir et apprécier le personnage : celui-ci avait donc la vedette et se montrait même relativement loquace. Le succès venant, les caractéristiques de Golgo 13 se sont affirmées et ont parfois même enflé dans des proportions irréelles. C’est ainsi que sa phrase fétiche est devenue « ... » et que la liste de ses qualités en a fait une figure que l’on peut sans peine qualifier de larger than life, confinant parfois à la caricature. Parallèlement à cela, c’est un véritable renversement qui s’est produit. Le personnage de Golgo 13 tient de moins en moins la vedette ; parfois même sa présence en est réduite à la portion congrue : on le voit apparaître dans une case, atteindre sa cible et disparaître sans un mot. Cet effacement se fait au profit du contexte qui devient véritablement l’objet principal de la narration. Et il existe même au moins une situation où Golgo est totalement absent, c’est la simple évocation de son nom qui engendre le dénouement.
Golgo n’est pas simplement un homme exceptionnel, un héros ou un personnage incroyable. En 37 ans d’aventures dessinées, il est véritablement devenu le parangon de l’accomplissement de soi, ce vers quoi tendent à peu près tous les héros de shônen dans leur discipline. Seulement, le reste de l’humanité ne boxe pas dans la même catégorie que lui, car il a étendu la perfection à tous les domaines possibles et imaginables. Pas étonnant, dès lors, qu’il inspire une crainte révérente aux hommes et exerce une attraction irrésistible sur la gent féminine sans avoir à lever le petit doigt. Parfait sur le plan physique, intellectuel, cognitif ; fidèle à son éthique qui pour le profane semble se résumer à la loi du dollar mais qui est, comme nous l’avons vu, bien plus complexe
Glénat nous a enfin donné l’occasion de faire connaissance avec ce monument du gekiga en publiant le Best 13 of Golgo 13, anthologie gargantuesque publiée en 2001 au Japon qui regroupe les 13 histoires les plus plébiscitées par les lecteurs. Espérons que l’autre anthologie, regroupant cette fois les 13 nouvelles préférées de l’auteur ait l’occasion de voir le jour.
Plusieurs tentatives de publication ont été faites aux USA dans les années 80-90 par Leed publishing, société appartenant au frère de l’auteur et divers partenaires. Au total, 9 volumes parus, malheureusement épuisés depuis belle lurette.
Début 2006, la compagnie Viz, entretemps rebaptisée Viz Media décide de relancer le titre avec un rythme de parution bimestriel. C’est sympa de leur part de finalement se lancer à l’eau, 3 ans après avoir annoncé l’acquisition de la licence. Au menu, deux histoires par volume. Bon, la logique éditoriale m’échappe puisque les histoires ne sont pas liées par un thème comme je le croyais au départ et n’obéissent à aucune progression chronologique. Je peux d’ores et déjà aller me pendre ou acheter une méthode de japonais puisque apparemment, elle ne comptera que 13 volumes. Et je voudrais adresser un message aux créatifs du marketing : faudrait se détacher du fétichisme numérologique, les gars Entre le * Best 13 of Golgo 13 - Reader’s choice * Best 13 of Golgo 13 - author’s choice * 13 volumes of of Golgo 13’s greatest hits je crois qu’on a compris le message, maintenant...
Ah oui j’allais oublier : l’édition Viz propose des "bonus" en fin de volume finement intitulés File 13 the secrets of the world’s deadliest assassin qui ne sont rien d’autre que des notes de lecture compilées et ne donnent qu’une envie : lire les histoires dont elles sont extraites.



