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Couverture de Le Loup, l'Agneau et les Chiens de guerre - Tome 1

Le Loup, l’Agneau et les Chiens de guerre - Tome 1 : Les mercenaires

BD européenne chroniquée par Monfreid... le mardi 3 janvier 2006.
 
Scénario : Hautière Régis
Dessin : Hardoc
Couleurs : Hardoc
Editeur : Paquet
Genre : Heroïc fantasy - Aventures
logo BDovore Date de publication : septembre 2004

 
Résumé : Ils sont sept, six hommes et une femme. Sept prisonniers coupables de forfaits divers, sept condamnés à mort à qui l’on confie une mission, en apparence, des plus simples.Mais rien n’est simple sur la presqu’île des Tempêtes, car cette terre, hostile et septentrionale, non contente d’héberger les pires criminels de la planète, abrite en sa partie la plus secrète les périls les plus variés et les peuplades les moins accortes. On murmure qu’au-delà de la chaine montagneuse de l’Armalla, vivent des hordes primitives qui ne connaissent de l’homme que la réputation déplorable qu’en donnent les soudards du plateau. Alors non : retrouver un enfant dans ces conditions n’est pas une mission des plus simples.
La tête de Monfreid...
Tête de sorcière : Bonheur

Impressions de lecture :

Les genres c’est la pâte à modeler des artistes. On triture, on étale, on déchire, on met les mains dedans...parfois c’est bien, des fois génial, le plus souvent c’est du "déjà vu". Toujours ça reste de la pâte à modeler.

Au début, on est dubitatif (lecteur il y a un jeu de mot caché, sauras tu le retrouver) devant la parution d’une bd d’héroïc Fantsy aux éditions Paquet. Ensuite la couverture qui ne fait que peu de cas du "genre" en question (hormis la présence de l’elfe, le reste fait plutôt penser à une bd d’aventure historique), sème le doute dans nos attentes. Il faudra attendre quelques pages tournées pour en avoir le cœur net, et de finir l’album pour être persuadé qu’il s’agit là d’un bel exercice de style.

On remarquera en premier lieu le titre en forme d’invitation. Un conte, une fable nous attend derrière ces noms d’animaux mystérieusement entremêlés.

Ensuite vient le temps de la découverte. Les couleurs d’abord surprennent, le genre est habitué à la clarté, mais il s’agit ici de parler de luminosité. Il y a un travail particulier d’opéré dans le choix des teintes. L’ocre répond au bleu ou au vert, selon des nuances précises, qui flatte l’œil. Il n’y a pas, et c’est assez rare pour le souligner, d’extravagances. Autant dans certains albums les couleurs transcendent le contenu, autant elles peuvent gâcher un album. Ici, le maître mot de leur disposition semble être l’harmonie. Tout au long de l’album, le récit sera comme diluer dans cette féerie douceâtre (même dans les moments d’actions). Ce choix atypique est, pour moi l’une des grandes forces de ce premier tome. C’est enchanteur sans être surchargé.

On prête (met on reprend à la fin du spectacle) ensuite, attention au trait. On regarde, que si les personnages se détachent du décor dans lequel ils évoluent (ce qui est logique, aucun élément de ce décor n’ayant de "vie propre"). Pourtant le traitement semble être le même pour l’architecture que pour les personnages. L’approche est assez ronde, parfois le dessin se fait "approximatif" lors d’une proportion (je chipote là !), parfois une perspective ou un mur fait de même. Non pas que le tout soit bancal, ou mal dessiné, loin de là ; cela renforce l’impression de voir évoluer les personnages dans un monde qui serait vraiment le leur.

Autrement dit, le dessin ne fait pas dans l’imprégnation grandiloquente de l’imaginaire du lecteur à grand coup de planche mirobolante et d’effet de cadrage. C’est très sobre et très constant et d’autant plus réussi. Comme pour les couleurs, le dessin persiste dans sa qualité, produisant son effet sur la longueur.

Le découpage est lui aussi très sobre. Les amateurs de grands dessins dans lesquels se multiplient les actions seront sans doute un peu surpris. En revanche s’il "perd" en efficacité événementielle, il "gagne" en efficacité actancielle. Le point fort est sans doute l’enchaînement de mouvement parfaitement découpé et maîtrisé. Que ce soit dans les combats, des discutions ou des déplacements, il y a une volonté de nous faire ressentir l’action, de nous la faire comprendre et de nous y faire participer. Il est intéressant de noter, qu’avec moins d’emphase, cela rappelle un peu les Conan (ressortis il y a peu chez soleil !). En ne tombant jamais dans le démonstratif, cette division des mouvements fait que l’on ne s’ennui jamais, nous sommes toujours dans l’attente de ce qui va suivre. Là encore, s’il en ressort des pages d’actions palpitantes, il n’est pas de moment délaissés par les auteurs, les palabres (mêmes informatifs) donnent lieu à des "paraboles animalières " superbement traités et mis en scène.

De manière "formelle" (au sens de la perception visuelle), cet album laisse un sentiment de complétude assez fort.

La lecture, va s’effectuer un peu différemment.

Tout d’abord, on passe par une mise en place, en forme de galerie de portrait, des principaux protagonistes. Il ne faut pas se leurrer, l’auteur se plie aux règles du genre (qui joue avec de la pâte à modeler, fera forcément une œuvre en pâte à modeler). Touts les poncifs sont présent et nulles surprises ne nous attends au coin d’une case. Mais là encore on ne joue pas non plus dans le registre de l’emphase ! A aucun moment le scénario ne nous fait croire qu’il s’agit d’une entrée en matière révolutionnaire. Tout juste on remarquera que le temps est pris pour nous présenter le personnage principal (ce qui est une bonne chose).

Là où souvent coince les albums du genre, c’est qu’après de superbes illustrations en forme de fait d’armes glorieux, l’histoire pèche par un traitement "prétextuel" (c’est-à-dire, où chaque action n’est que prétexte à encore plus de combat et/ou de mise en valeur de réplique cinglante et d’épée qui coupe encore mieux que la précédente). On préfère ici nous livrer une densification de la trame. Les choses font commencer à se mêler les unes aux autres, pour former à certains endroits des nœuds. Tout le talent de l’auteur consistera ensuite à jouer avec ses nœuds, avec notre attention et avec nos nerfs. Les poncifs se transforment peu à peu en centre d’intérêt et d’intrigue, la lecture se fait plus original et les actions moins prévisibles.

Finalement, si on ajoute à ce scénario gradué, le découpage habile ; on se retrouve avec un album très sympathique. Puisqu’en lieu et place de la rhétorique tout en hyperbole habituelle, on se retrouve à lire un huis clos (ou presque). Les cadrages serrés, contribuant grandement à créer cette atmosphère singulière. Lorsque l’on remarque que les dialogues jouent avec l’image (le corbeau et le "quoi" ! etc) il n’en faut pas plus pour nous accrocher. Sans bousculer le genre, mais en le traitant sous un angle différent, les auteurs apportent aux lecteurs d’autres sensations, tout en s’offrant des pistes non négligeables pour une suite que l’on espère du même acabit.

Bonne lecture, Monfreid...qui en a encore sous le coude, mais qui ne veut pas faire de spoliler et qui trouve aussi intéressant la vision du mot "mercenaire" entre autre !

PS :

Lire l’interview de Régis Hautiere sur le site

Sortie du tome 2 le 22 mai 2006 !

 
Couverture (et extraits) : © Paquet/Hautière/Hardoc
Catégorie "BD européenne"