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- Bien qu’étant "connus", ces personnages vont peu à peu se démarquer des poncifs du genre, comment avez-vous géré cette évolution des personnalités ? Je serais tenté de dire qu’ils l’ont gérée eux-mêmes... Quand j’ai commencé à travailler sur cette histoire j’ai écrit une intrigue de façon logique, comme ont assemble un puzzle, en cherchant à lui donner une cohérence interne qui ne doive rien aux personnages ni au genre dans lequel elle allait être traitée. Parallèlement Hardoc a commencé à faire des études de persos en partant des indications très succinctes que je lui avais données (du genre : "Qu’est ce qu’il nous faut pour faire de l’heroïc fantasy ? Un nain, un hobbit, un elfe, un gros balaise... Bon, ben fais un nain, un hobbit, un elfe et un gros balaise. On verra après ce qu’on en fera.) Un fois l’intrigue écrite dans ses grandes lignes (le pourquoi/comment, les principaux rebondissements, la révélation finale...) nous y avons jeté nos personnages et nous avons regardé comment ils s’en sortaient. Rapidement, ils ont développé leur propre personnalité (influencée au départ par les traits qu’Hardoc leur avait donnés) et ils ont pris l’histoire en main. Certaines séquences ont dû alors être réaménagées, d’autres ajoutées ou supprimées, des actions, prévues pour un personnage, ont été réalisées par un autre... C’est peut-être ce que je trouve de plus intéressant dans l’écriture d’un scénario : le moment où un personnage vous échappe, le moment où il vient vous dire : "Désolé gars, mais cette scène je ne peux pas la jouer de cette façon, elle ne me correspond pas. Il va falloir la réécrire.". Pwyll (le nain), à ce titre, est particulièrement capricieux. Il a un jeu d’acteur exceptionnel mais il est incapable de respecter le script plus d’une demi-page... -Le poison qui oblige les aventuriers à accepter la quête, vous à t’il était inspiré par new york 97 ? Non. Ou alors de façon inconsciente. Je crois que je n’ai jamais vu ce film, seulement quelques extraits. Ce qui est amusant, c’est qu’un ami y a aussi fait référence lorsque je lui ai raconté le début de l’histoire de notre album. Il faisait de son côté le rapprochement entre l’île sur laquelle sont envoyés nos "mercenaires" et le Manhattan du film de Carpenter. En fait, le véritable inspirateur de cet élément (l’empoisonnement des héros) est Alexandre Dumas, au travers d’une nouvelle, dont j’ai oublié le titre, où il parle du poison des Borgias. -Nous aimerions en savoir un peu plus sur votre manière de travaillez ensemble, qui fait quoi en quelques sortes ? J’écris d’abord l’histoire dans ses grandes lignes. Ensuite, je fais un séquencier du tome sur lequel nous travaillons. C’est-à-dire que j’indique séquence par séquence tout ce qui va se passer dans l’album, en précisant le nombre de planches prévues pour chaque séquence. Si Hardoc est d’accord avec ce séquencier, j’entame le découpage : je décris case par case chaque planche, en donnant à Hardoc des indications de mise en scène (type de plan, lumière, position des personnages, décor...). Hardoc fait alors ce qu’on appelle un story-board, c’est-à-dire un crayonné rapide des planches. C’est sur ce story-board que nous nous mettons d’accord, que nous faisons nos réglages. C’est ici que se fait la mise en scène. Ensuite Hardoc s’attaque au dessin à proprement parler (crayonné, encrage et couleurs). Il a d’ailleurs une façon bien à lui de procéder sur cette étape : il travaille sur toutes les planches en même temps, à la manière d’un peintre. Ce qui fait qu’à un moment donné on va trouver sur une même planche des cases entièrement colorisées, d’autres partiellement encrées et d’autres encore à peine esquissées. |
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