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Couverture de Exit wounds

Exit wounds

BD Anglo-Saxonne chroniquée par Zéas le dimanche 10 février 2008.
Autre langue disponible : English English flag
 
Scénario : Modan Rutu
Dessin : Modan Rutu
Couleurs : Modan Rutu
Editeur : Actes Sud ; Collection : Actes Sud BD
Genre : Chronique sociale - Quotidien - Romance - Roman graphique - Psychologie ; Thèmes associés : Israel - Terrorisme/Attentats - quête d’identité
logo BDovore Date de publication : novembre 2007
20,00 € - 176 pages - 16x23 (LxH)
 
Résumé :

La rencontre de deux jeunes gens qui, sans pourtant se connaître, sont intimement liés à la même personne. Ensemble, ils vont partir à sa recherche dans l’Israël d’aujourd’hui et de ses explosions.

© Drawn & Quarterly/Modan
La tête de Zéas
Tête de sorcière : Bonheur

Impressions de lecture :
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© Drawn & Quarterly/Modan

Exit Wounds est le premier roman graphique de Rutu Modan. L’auteure n’est pourtant pas une débutante dans le milieu puisqu’elle a déjà publiée de courtes histoires et illustrée des livres pour enfants par le passé, et même lancée le collectif d’édition indépendante Actus Independent Comics ou encore participée à la publication de la revue MAD en hébreux.

Exit wounds est une lecture douce et cotonneuse, fluide et harmonieuse, qui se présente sous forme d’enquête, ou plutôt de jeu de piste. Modan fait se croiser les trajectoires de deux personnages qui, sans pourtant se connaître, sont intimement liés à la même personne et vont partir ensemble à sa recherche. Je ne devrais peut-être pas dire “ensemble” car cette recherche ne se fait pas sur le même niveau pour les deux personnages. Alors que l’un mène l’enquête dans le présent, l’autre se retrouve involontairement embarqué dans une sorte de voyage dans le temps qui l’amènera à arpenter les cicatrices de son passé. Une alliance de deux personnages qui sont en fait chacun à la recherche de leur propre identité, ce manque qui comblerait la plaie laissée par une entité nous ayant transpercé de part en part [1].
Cet album nous amène à rencontrer toute une galerie de personnages qui ont pour point commun cet homme disparu. Quelques uns l’ont bien connu, d’autres l’ont raté ; certains - de manière ironique - n’ont été marqués que par son absence, le lecteur fera en quelque sorte partie des trois groupes au final... Tout l’album repose sur cette absence mais nous parle paradoxalement toujours de la relation entre deux êtres : un fils avec son père, un homme avec une femme, un homme avec sa femme, un homme avec sa maîtresse, deux jeunes gens...
A travers cette quête, c’est la chronique d’un pays que l’on lit aussi entre les cases, un peu de son atmosphère que l’on respire. En Israël, un attentat a vite fait d’effacer le précédent dans un schéma qui se reproduit sans fin, laissant ses habitants dans l’incertitude désenchantée d’un malaise ambiant, omniprésent.

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© Drawn & Quarterly/Modan

La complexité des thèmes abordés est présentée de telle manière que l’expérience de lecture en est désarmante de simplicité et de fluidité. L’intrigue se déroule ainsi au travers de séquences dont la mise en scène et les dialogues sont particulièrement travaillés, leur donnant un rythme et une justesse remarquables.
Le graphisme de Rutu Modan est d’ailleurs intéressant à plus d’un point, même s’il peut paraître inégal en quelques endroits (proportion des corps et traits de visage). On peut noter que le trait fait parfois penser à Hergé mais ce qui ressort du graphisme de l’auteure c’est l’importance donnée à la mise en scène, à la posture des corps et des objets, comme Chris Ware a pu nous y habituer, renforcée ici par l’attention particulière apportée aux vêtements et aux textures. Tout comme chez Ware, on peut d’ailleurs remarquer chez Modan l’utilisation d’une palette de couleurs bien particulière. On peut également souligner le travail singulier de Modan sur la mise en scène en jouant sur le contraste couleurs vives/teintes passées » dont elle se serre pour attirer l’attention sur des personnages précis au sein d’une scène. Cette approche peut s’assimiler à un travail sur la lumière, comme si l’auteure utilisait un projecteur et que l’on regardait une pièce se jouer ; même si on peut noter par ailleurs l’absence d’ombre dans l’album. Ce jeu de contrastes permet également d’accentuer très efficacement le relief et la perspective, donnant parfois l’impression que le trait s’est posé sur une troisième dimension.

© Drawn & Quarterly/Modan

Une expérience de lecture pleine.

PS :

Une interview en anglais de Rutu Modan :

 
Couverture (et extraits) : © Actes Sud/Modan

[1] “exit wound” pourrait se traduire par « orifice de sortie d’une blessure » comme indiqué dans l’album

Catégorie "BD Anglo-Saxonne"